De décapitations à révolution

1551 et 1559 : Lamoral, comte d’Egmont, deux fois Roy

Bien que repris dans notre rubrique « Roys – Ancien Régime », il nous faut mentionner, à double titre, ce Grand de notre histoire.

Tout d’abord, avec Guillaume de Nassau, dit « le Taciturne », il partage le rare honneur d’avoir décroché par deux fois notre «papegai».

Ensuite, son exécution, suite à un procès dont nous connaissons tous les détails, faillit nous emporter à tout jamais, et marquer la fin de notre existence.

Après le funèbre travail, les corps des comtes d’Egmont et de Hornes, recouverts d’un drap de deuil, furent laissés sur la Grand’Place. Pendant la nuit, malgré les ordres formels du duc sanguinaire, les arbalétriers enlevèrent les corps et les veillèrent toute la nuit au couvent des « Recolets » (situé à l’emplacement de l’actuelle Bourse) . Dans leur idée, la chose ne pouvait qu’être normale, le Comte d’Egmont ayant été deux fois Roy de tir et donc probablement aussi membre du Grand Serment. Un tableau, peint au dix-neuvième siècle, exposé dans le musée communal de Tournai, représente cette veille. L’on aperçoit un carreau d’arbalète dans la main d’un des arbalétriers présents. 

Exécution d’Hegmont et Horn
Hogenberg

Ayant appris l’agissement des arbalétriers, le duc rédigea une ordonnance dans laquelle il stipula d’exécuter tous les arbalétriers de notre Gilde. Par bonheur, une intervention personnelle du roi Philippe II, suspendit cet ordre.

Comme vous voyez, ce jour-là, nous l’avons échappé belle, sans l’intervention royale, il n’y aurait plus, aujourd’hui de Grand Serment au Sablon.

1599 : Entrée à Bruxelles des Archiducs Albert et Isabelle

En 1598, Philippe II avait signé un acte de cession (mais avec pas mal de réserves !) décidant de céder et transmettre tous les Pays d’En Bas et de Bourgogne à sa fille, l’Infante Isabelle fiancée à l’Archiduc Albert.

Nos peuples, après un certain moment d’hésitation, furent assez heureux d’avoir enfin des princes naturels. Aussi reçurent-ils les archiducs avec pompe, montrant finalement un réel enthousiasme populaire

Le 5 septembre 1599 – comme par hasard, il pleuvait ce jour là, au point que l’on faillit remettre la joyeuse entrée – le carrosse des Archiducs, attelés de six juments blanches, pénètre dans Bruxelles. Les cinq compagnies des Serments de Bruxelles, présents à leurs arrivées firent « belles salves », réitérées par trois fois. Quittant leur carrosse, les archiducs montèrent deux « genets blancs comme neige, superbement harnachés, le tout abrité de la pluie sous un dais tout en cannetille brodée de fils d’or et d’argent », précédés des Serments bannières déployées, des compagnies d’arquebusiers à cheval, des Gildes, du Magistrat, des représentants des Etats de Brabant, des gentilshommes de la cour, des ambassadeurs et des hérauts d’armes.

Pendant deux jours, le bon peuple festoya sur le Marché. Les Arbalétriers firent de même dans leur local, sans vraiment imaginer que commençait une des périodes les plus prestigieuses de leur histoire dans la Ville de Bruxelles.

1615 : Tir de l’Infante Isabelle

Le tir réussi de Roy de l’Infante en 1615, allait nous combler de largesses et d’honneurs.

Invitée par la Gilde à assister au tir, l’Infante vint, accompagnée de son mari, l’Archiduc Albert. Ayant exprimé au Doyen du Grand Serment, le désir de participer au tir, on l’aligna parmi les tireurs. Chose extraordinaire et merveilleuse, l’oiseau, une colombe blanche, retenue au haut du campanile de l’église par un ruban rose, fut libéré par le tir de notre souveraine. Dès lors, dans la liesse générale, elle fut proclamée Roy (et non Reine) de tir au Grand Serment de Notre-Dame au Sablon.

Isabelle Claire Eugénie d’Autriche

Menée en triomphe au maître-autel de notre église, elle y reçut des mains du Chapelain de la Gilde, le baudrier, emblème de sa nouvelle dignité, pour être conduite ensuite, aux applaudissements de la foule, à la Maison du Roi, ancien local du Serment. Des fêtes, données en son honneur et soulignant cet exploit, durèrent trois jours.

Quinze jours après le tir, les festivités furent poursuivies, toujours en son honneur, avec un éclat tout particulier lors de la sortie de l’Ommegang. Désirant commémorer cet événement, l’Archiduchesse commanda auprès de son peintre « Denis VAN ALSLOOT » une représentation complète et détaillée de cette sortie.

Cette œuvre, composée de plusieurs tableaux, s’étend sur vingt-cinq mètres et reprend plus de dix mille personnages. Grâce à l’aide de ses élèves, l’artiste acheva l’ouvrage en moins de huit mois. Une somme dix mille livres, selon un document se trouvant aux archives du Royaume, fut payée pour l’exécution de l’ensemble du travail.

La fierté de notre souveraine, Roy de notre Serment semble avoir été profonde. Cet exploit la rapprochait évidemment de son bon peuple de Bruxelles et de Brabant. et le Grand Serment, en signe de déférence et de respect, vota une résolution supprimant tout nouveau tir de Roy du vivant de l’Infante.

 

le Grand Serment fit graver une médaille immortalisant l’exploit et l’archiduchesse lui offrit un drapeau. Elle fit ensuite construire, dans le jardin des arbalétriers, situé à la rue Isabelle, des pavillons couverts d’ardoises pour abriter nos tireurs ainsi que les buts de nouveaux berceaux, chaque pas de tirs étant séparés par des allées de charmilles. Enfin, en 1625 et sur autorisation royale, elle fait construire un bâtiment dans lequel les confrères arbalétriers du Grand Serment sont autorisés à organiser fêtes et récréations : la « Domus Isabellae ».

Lorsque le 1er décembre 1633, à quatre heures du matin, l’Infante mourut dans les bras de la reine française exilée Marie de Médicis, elle nous lègue encore une rente de deux cent cinquante florins pour célébrer son anniversaire par un banquet à offrir aux arbalétriers du Grand Serment.

Hélas, le pouvoir espagnol et ses exigences, nous avait à ce point désargenté qu’il fut impossible à notre peuple d’offrir à sa princesse des funérailles solennelles dignes de son rang et son affection ! C’est ainsi qu’en 1650, le corps d’Isabelle, après avoir été relégué pendant seize ans dans la chapelle de la Cour, dans l’attente d’une cérémonie officielle, fut transporté au milieu de la nuit, sans pompe, dans la cathédrale ou son corps fut déposé dans le caveau du chœur du Saint-Sacrement, à côté de celui de son mari. l’Archiduc Albert, lequel y reposait depuis 1621.

1695 – Bombardement de la ville de Bruxelles par le Maréchal de Villeroy

Nous ne pouvons clore le XVIIsiècle sans parler du bombardement de la Ville de Bruxelles.

En juillet 1695, la ville de Namur, occupée depuis trois ans par les Français et défendue par le Maréchal de BOUFFLERS, est assiégée par Guillaume III d’Angleterre, prince d’ORANGE. Ce dernier a décidé de faire tomber la place.

Suite au décès inopiné du Maréchal de LUXEMBOURG, le commandement de l’arméefrançaise est confié au Maréchal de VILLEROY, piètre stratège, mais proche du Roi Louis XIV. Ce dernier, irrité par la tournure que prennent les évènements, exige du Maréchal qui piétine dans les Flandres, une action d’éclat et lui enjoint de détruire Bruges ou Gand. Dans son souhait de plaire au Roi et surtout d’effacer ses échecs militaires, de VILLEROY convainc Louis XIV de bombarder plutôt Bruxelles, afin d’attirer l’ennemi en un lieu plus propice pour le combat et de l’éloigner ainsi de Namur assiégée.

Suite à l’accord du Roi, les Français arrivent à Bruxelles le 11 août et installe leur artillerie, vingt-cinq mortiers et dix-huit canons à boulets rouges, sur les hauteurs ouest de la ville, au lieu dit « Scheut ».

Bruxelles n’est ni une place forte, ni une ville de garnison et ne peut offrir aucune défense. Les alliés par ailleurs, décidés à en finir avec Namur qui tombera après, ne souhaitent pas abandonner leur siège et décident de ne pas affaiblir leurs lignes en envoyant des troupes pour défendre Bruxelles. L’agresseur français, de son côté, n’a pas décidé de prendre la ville, mais souhaite seulement la bombarder et de la détruire au maximum.

Le bombardement, bien inutile dans ces conditions, commence dans la soirée du 13 août pour se terminer dans la journée du 15 et le vent seconda les Français de telle sorte que bientôt tout l’intérieur de la ville offre l’image d’une grande fournaise.

Bombardement de Bruxelles

Pour ceux qui aiment les statistiques, signalons que plus de trois mille bombes et douze cents boulets rouges, seront projetés sur la ville.Le nombre de maisons détruites ou fortement endommagées s’élève à quatre mille. Le centre de la capitale est très touché, notamment les maisons de la Grande Place « construites en bois » ainsi que l’Hôtel de Ville, lourdement endommagé, mais dont la tour reste debout.

Hélas, ce bombardement détruit aussi la chambre du conseil, la « Kamer » que le Grand Serment occupe dans la Maison du Roi depuis 1643. Nous perdons une grande partie des archives, entreposées en ces lieux, ainsi que plusieurs tableaux magnifiques dont des oeuvres du maître de RUBENS, Otto Van VEEN dit VENIUS, d’Honoré JANSSENS et de Jan VAN ORLEY, oeuvres représentant Charles-Quint et son père Philippe le Beau, les archiducs Albert et Isabelle, les portraits de nos Roys et doyens, ainsi que diverses scènes tirées de l’Ancien Testament. Plusieurs magnifiques tapisseries et objets précieux, exposés dans cette « Camer » subirent le même sort.

Sans le savoir, nos voisins français détruisent là, la première partie de notre trésor et de nos archives. Le même peuple français, poussé cette fois par le courant révolutionnaire de la fin du siècle suivant, terminera ce travail de destruction.