Des Ducs de Brabant à Charles Quint

1381 : La Charte des Ducs de Brabant « Jeanne et Wenceslas »

C’est un des documents les plus importants de l’histoire de la Grande Gilde. Cette charte, élaborée le 4 mai 1381, est le premier document connu et actuellement archivé, qui renferme des privilèges accordés au Grand Serment. Elle confirme de plus les termes d’un acte daté du mois d’avril 1304, dont le texte originel est perdu, qui stipulait la cession d’une partie du cimetière de l’hôpital Saint-Jean à la Grande Gilde en vue de la construction d’une chapelle, celle de Notre-Dame au Sablon.

Cette confirmation mentionnant la fusion, voulue par le duc, entre la Grande Gilde et Saint-Laurent, était nécessaire. Une scission se créait au sein du Grand Serment, les scissionnistes réclamant pour eux le rétablissement de la Gilde de Saint-Laurent. Le tout refusé par Jeanne et Wenceslas, laissera au Grand Serment la propriété de la chapelle et l’hospice Saint-Laurent.

Il est ajouté de plus dans la Charte de 1381 :

« Nous voulons et acceptons que la Grande Gilde des arbalétriers qui relève de nous et de notre ville, tienne et utilise toutes les libertés, ordonnances et compagnies qu’elle a utilisées jusqu’à présent, que ladite Grande Gilde et la compagnie des arbalétriers tienne avec une unité de bonne entente, et cela, avec les doyens et les personnes assermentées comme il convient et comme on en a eu l’habitude. Nous voulons en outre de façon absolue qu’à l’avenir ne soit jamais instituée, faite ou tenue, en dehors de la ville de Bruxelles, une autre Gilde ou compagnie d’arbalétriers, ni d’avoir des vêtements, chaperons ou des membres, de tenir des réunions et des parties de tir pour y tirer des prix ou faire des Roys, sauf si cela convient à la Grande Gilde qui relève de nous et de notre ville. Et, comme nous voulons que les points mentionnés ci-devant et ceux qui seront à l’avenir, en unité de bonne entente, tenus et poursuivis par la Grande Gilde soient inséparables sans créer d’aucune façon une autre gilde ou compagnies d’arbalétriers en notre dite ville, nous ordonnons et décidons, pour nous et nos successeurs, que nul à l’avenir en aucun cas ne pourra agir contre ces points et ordonnances du fait de ce qu’ils tiennent de nous, toute mauvaise foi étant exclue ».

Jeanne et Wenceslas
Ducs de Brabant

Ce texte, traduction de la charte écrite en flamand, se résume en fait à ceci : Nous reconnaissons à la Gilde du Grand Serment l’usage des privilèges anciens lui acquis et nous ordonnons que cette compagnie d’arbalétriers soit et reste unique dans notre ville de Bruxelles.

Il y aura pourtant une dérogation.

1387 : Fondations du Serment de Saint Georges

Ignorant la charte du 4 mai 1381, certains Bruxellois entendaient s’exercer et s’amuser au tir à l’arbalète, même sans appartenir à la société officielle.

En 1387, le Magistrat de Bruxelles, rappelant le texte de cette ordonnance, dissous toutes ces sociétés, sauf une, laquelle devait avoir acquis une certaine force, une certaine influence et inspirer confiance, puisqu’on ne lui applique pas la mesure d’interdiction prise à l’égard des autres.

Il se crée donc en cette année, un nouveau serment, appelé communément « Petit Serment ». Il se place sous la protection de Saint Georges, saint patron séculaire des arbalétriers délaissé par le Grand Serment, lequel s’est mis sous la protection de Notre-Dame au Sablon. Il reste néanmoins que tout en ayant une existence autonome, nommant ses doyens, ayant son local et recevant des subsides, la nomination de son capitaine, commandant en temps de guerre, est toujours réservée au Grand Serment. Cette dernière clause prouve que l’on suit toujours la charte de 1381, qui disait « …sauf si cela convient à la Grande Gilde qui relève de nous et de notre ville. » Cela devait convenir puisque nous décidions de la nomination du capitaine.

Grand Serment
Saint-Georges

En 1785, l’historien bruxellois, l’abbé MANN, tout en donnant une date que nous pensons inexacte, explique : la confrérie que l’on nomme communément le Serment de Saint-Georges, tire son origine du Grand Serment : comme celui-ci était devenu trop nombreux, on le sépara cette année (il cite 1422 ?) en deux confréries.

Que l’on nous permette une suggestion ! Nous pensons que la Ville, plus peuplée, ayant élargi ses murs de défense, dut prévoir un effectif de défense plus sérieux et prit une décision obligée pour augmenter le quorum décidé auparavant des soixante arbalétriers du Grand Serment. De plus, nous basant sur l’emploi de l’expression « petit » utilisée populairement pour désigner « l’enfant de…, le petit de…, mon petit, etc. », nous pensons y voir l’origine du titre donné – on dit communément et pas officiellement – au nouveau Serment. Cela confirmerait l’assertion de l’abbé MANN. Mais, il reste entendu que nous ne sommes pas historiens, encore moins linguiste !

1406 – Le Duché de Brabant sous les Ducs de Bourgognes
– Les premiers Roys de tir connus

Jeanne de Brabant décède le 1er décembre 1406. Par son décès, la maison de Louvain s’éteint et le Brabant passe sous l’autorité des ducs de Bourgogne.

Philippe de Saint-Pol décède sans enfants. Les Etats du Brabant décident d’offrir le duché de Brabant, celui du Limbourg, le marquisat d’Anvers et la seigneurie de Malines au plus proche héritier de Philippe de Saint-Pol, son cousin germain Philippe le Bon.

Aux comtés de Flandre et d’Artois, à la Bourgogne et à la Franche-Comté, hérités de son père, Philippe le Bon ajoute les comtés d’ Hainaut, le comté de Namur, achetés à Jean III, les comtés de Hollande, Zélande et Frise, enlevés à sa cousine Jacqueline de Bavière, le duché de Luxembourg, acheté à Elisabeth de Goërlitz. La principauté de Liège, état sous obédience du Saint-Empire, est quand même gouvernée par son neveu Louis de Bourbon…

Il a ainsi rétabli en quelque sorte les possessions de Lothaire, et appelle ses territoires les « Pays de par-deçà ».

Les Ducs de Bourgogne délaissent l’ancienne capitale Louvain, partiellement en raison des soulèvements trop fréquents de la plèbe, mais aussi pour certains motifs de centralisation. Bruxelles devient le séjour favori de la Cour.

La ville a acquis, du point de vue politique, une importance nouvelle et notre Serment profite de l’entourage des courtisans et visiteurs étrangers. A partir de cette époque, le tir de Roy s’ouvre à certains visiteurs illustres. Leurs visites et leurs tirs s’inscrivent dans l’histoire de notre Gilde. Nous présentons ces illustres personnages dans la rubrique « Roys de l’ancien régime », consacrant la présente page à l’histoire générale de notre Gilde.

1412 : Réorganisation du Grand Serment
Nouvel Uniforme
Règlement de la Grande Gilde

Les Arbalétriers reçoivent en 1412 une nouvelle organisation et un uniforme. La Ville assigne une allocation fixe à ses soixante tireurs gagés et détermine les droits et obligations des membres effectifs et honoraires.

Nous connaissons le  nouvel uniforme choisi pour le Grand Serment. Il consistait en un habit écarlate à bordures vertes ;le chaperon était de la même couleur. Il fut porté pour la première fois en 1412.

De même, le nouveau règlement nous a été transmis . Nous lui avons consacré une rubrique particulière, que nous vous invitons à aller visiter. En effet, outre le règlement ancien de 1412, nous désirons donner une idée de notre règlement actuel, lequel s’en inspire, mais avec des effets atténués.

1543 : Installation à la « Broodhuys », Grand’Place

Le 13 avril de cette année, la Gouvernante des Pays-Bas, Marie de Hongrie, donne l’usage d’une des grandes salles du premier étage, côté gauche de l’escalier central, de la « Broodhuys », bâtiment du XIIIe siècle situé à la Grand’Place. La Gilde y installe son siège officiel, sa « Camer », son lieu de réunion et ses archives.