Il était une fois …

NOTRE HISTOIRE AU COURS DES ANNÉES

Comme dans toute ancienne gilde, certaines années furent marquées par des événements particuliers. Nous participâmes à plusieurs batailles, appelés en renfort ou suivant simplement notre souverain. Ceux, que la chose intéresse, ont tout avantage à se procurer le livre vendu en nos murs  « De Groote Gulde à L’Ancien Grand Serment – Tome II », écrit par le Compagnon Doyen François SAMIN.

Certains faits,  vu l’importance de l’événement dans notre histoire, méritent cependant d’être relatés ici.

1213 – l’Année de notre fondation ?

La date de fondation de notre Gilde et la remise de privilèges à celle que l’on dénommait « de Groote Gulde » remonteraient, selon les historiens, à l’année 1213, et ce, à la suite de faits d’armes accomplis pour le duc de Brabant Henri Ier. Nous aurions participé au rétablissement de l’ordre public dans la cité, alors que des Louvanistes, lors d’un mariage bruxellois célébré sur les bords de la Senne, côté nord de la ville, près la chapelle Saint-Laurent, auraient tenté de jeter le trouble dans la fête du jour. Il s’agit là, bien entendu d’une assertion de tradition qui ne peut être vérifiée.

Placée donc par les historiens en 1213, la date exacte d’institution du Grand Serment est encore ignorée ! Il est cependant positif que cette corporation existât antérieurement à cette date et nous pensons pouvoir affirmer que nous sommes une des plus anciennes gildes qui est encore en activité.

Le souverain en nous donnant le statut de « Serment » — puisque désormais il y avait obligation de prêter serment d’allégeance au duc – nous accorda certains privilèges, dont le monopole de l’exercice à l’arbalète et la reconnaissance de la personnification civile. Cette dernière ouvrait le droit d’acquérir, détenir et administrer des biens meubles et immeubles. Forts de ces privilèges, les arbalétriers deviennent une unité autonome, commandée par des chefs choisis parmi leurs membres, et ce, sans intervention de l’autorité séculière ou religieuse. Confrérie religieuse, réservée cependant aux seuls laïcs, elle a donc désormais la faculté de se faire construire une chapelle, voire une église, mais il faudra attendre 1304, pour que la chose prenne corps.

Le nombre de confrères n’est pas limité et une entraide caritative s’installe qui inclut femme et enfants des arbalétriers. La Gilde comprend à côté des bourgeois arbalétriers, car il faut appartenir à la bourgeoisie bruxelloise pour être accepté dans ses rangs, des membres inscrits pour le seul plaisir du tir et qui ne sont pas astreints aux mêmes devoirs.

1301 – La révolte des Malinois

Les arbalétriers de la Gilde fournirent des effectifs à leur prince le duc Jean II pour soutenir le blocus contre la ville de Malines qui s’était révoltée. 

1302 – La bataille des éperons d’or

Lorsqu’en 1280 la comtesse Marguerite de Constantinople décède, le comté de Flandre échoue à Guy de Dampierre, fils d’un deuxième mariage et en cette fin du XIIIe siècle la révolte gronde dans les grandes villes flamandes ; le peuple et les artisans s’opposent aux riches marchands ou patriciens. Ces derniers rendent justice et gouvernent les communes en accablant les Métiers « Corporations » de taxes exorbitantes. Le comte ne cache pas sa sympathie envers le prolétariat et prend sa défense.

L’écu du comte de Flandre se décrivant comme suit : d’or (jaune) au lion de sable (noir) armé (griffes) et lampassé (la langue) de gueules (rouge) et sa devise en étant « Vlaanderen die leu », « Flandre au lion » donna naissance à la dénomination  pour cette faction, de « Klauwaerts » (hommes des griffes). Sous – entendez des griffes du lion qui figurait dans les armoiries du comté de Flandre.

Pour mater la révolte des Klauwaerts, les patriciens font appel au roi de France Philippe IV le Bel. C’est normal, puisque le roi de France est le suzerain du comté de Flandre. Prenant le blason azur (bleu) semé de lys d’or (jaune) on leur octroya l’appellation de « Leliaerts » (hommes des lys).

La guerre est déclarée et les belligérants se rencontrent le 11 juillet, dans la plaine de Groeningen près de Courtrai.

Les troupes françaises, sous le commandement de Robert d’Artois, de Raoul de Nesle et du comte de Saint Pol, comptaient dans ses rangs dix mille archers et arbalétriers italiens génois, basques et espagnols, treize mille hommes à pied et huit mille cavaliers, dont la majorité représentait la fleur de la chevalerie française.

Nous sommes aux côtés du comte de Flandre ? L’épouse de Jean 1er étant la fille de Guy de Dampierre, comte de Flandre, le Duché de Brabant avec le comté d’Hainaut et le comté de Namur se rallient à la bannière de Guy de Dampierre. Cela donne vingt mille hommes de troupe, cinq mille archers et arbalétriers. Tiens ! Nous voilà ! Probablement inclus dans la piétaille et selon certaines chroniques, vêtus de noir « comme poix ».

Les troupes étaient sous le commandement de Jean Ier de Namur, Guy de Dampierre ayant été fait prisonnier du roi de France Philippe IV.

Au matin, les archers et arbalétriers italiens (Génois), mercenaires du roi de France, entament les hostilités avec un certain succès.

Nicaise de keyser
Bataille des éperons d’or

Après un échange de flèches et carreaux d’arbalètes, les Français font avancer leurs fantassins jusqu’au fossé qui les sépare des troupes adverses, mais les chevaliers français sont impatients de récolter les fruits d’une victoire facile ! Ils s’élancent dans la clairière et dans leur précipitation s’embourbent dans les marécages. Le corps d’armée de Raoul de Nesles, puis celui de Robert d’Artois s’engouffrent dans le piège qu’avaient en fait tendu les « Klauwaerts ». Les chevaliers lourdement armés ne peuvent s’extirper du bourbier. Les chevaux tout aussi embourbés, dans l’impossibilité de se mouvoir, sont devenus des cibles idéales pour les arbalétriers du comté de Flandre, du comté de Namur et du duché de Brabant dont nous sommes. Ceux-ci armés d’arbalètes à moufle décochèrent des flèches sans pointe, mais pourvues à l’extrémité d’un « maque » (embout en bois). La force de l’impact de la flèche sur l’armure du chevalier désarçonne ce dernier, le fait tomber à terre. Étant dans l’impossibilité de se relever il est tué sur place par les fantassins, armés d’une masse en bois parsemée de pointes en fer. Et tous ces Flamands, emportés par leur victoire, leur souhaitent un joyeux et dernier « goedendag ». Le mot de passe des Flamands était : « Es GildenVriend », « êtes-vous ami de la Gilde » prononcé erronément par le Français en « Schild en Vriend ».

Les chevaliers morts furent dépouillés de leurs éperons qui étaient en or, sinon dorés, d’où le nom de la bataille.