La révolution Brabançonne

 1787 à 1790 : La Révolution brabançonne

En 1787/1790, la Révolution brabançonne éclate. Joseph II, souhaitant rénover les institutions existantes, supprime les anciens privilèges. Bruxelles, capitale du Duché de Brabant, fort attaché à sa « Joyeuse Entrée » ne pouvait manquer de se hérisser contre cette mesure. Les Serments qui au cours du XVIIIe siècle, s’étaient laissé aller à ne plus être que des sociétés d’agréments, sauf pour quelques postes dont la garde de la Grand’Place, soulevés par les discours des avocats VANDER NOOT et VONCK se réarment, redeviennent des milices militaires. On forme une armée révolutionnaire ! Le Grand Serment fournit de l’infanterie placée sous les ordres du capitaine commandant VAN DER HAEGEN, secondé par un premier lieutenant, un sous-lieutenant, deux porte-enseigne, deux sergents, deux fourriers et neufs caporaux, membres assermentés du Serment. Onze autres compagnons assermentés seront dans les rangs des appointés. Les vingt-neuf membres de 1787, aptes à servir, sont donc ainsi répartis. Pour compléter les rangs, on engage deux cent six agrégés dont on connaît la liste et les noms et dans lesquels il y a deux tambours et deux fifres pour les accompagner aux gardes et parades.

Le Serment de Saint-Georges, se choisit pour chef-homme le duc d’URSEL et HOBOKEN et fournit un effectif de cavalerie ; l’achat, l’équipement et l’entretien d’une monture coûte pourtant fort cher !.

L’excitation patriotique est à son comble ! Les milices ainsi renouvelées, par une résolution du 16 juin 1787, se dotent de nouveaux uniformes adaptés à l’époque et aux nécessités d’une guerre moderne ; se dessinent et font peindre de nouveaux emblèmes, étendards et guidons ; et afin de mieux défiler dans les rues de la Ville, se dotent enfin d’un rutilant tambour major ! Ignace VITZHUMB, chef d’orchestre du Théâtre de la Monnaie ne dut pas y être étranger ! L’argent manque cependant, on aura qu’une seule clique et on se contentera de changer les épaulettes ou plus exactement les nids d’hirondelles du tambour major, suivant le Serment dont il honore la présence. Généralement on le représente avec les épaulettes aux épées croisées des escrimeurs, mais il est des représentations avec arbalètes ou arquebuses !

Au départ, les nouveaux corps de défenseurs de nos libertés seront essentiellement constitués des Serments, lesquels se comportèrent par ailleurs fort honorablement en chassant les Autrichiens de Bruxelles, le 12 septembre 1789. Par la suite, leur service se limitera surtout au maintien de l’ordre. Doucement, les règles de discipline semblent s’amenuiser, les idéaux patriotiques fondent devant les impératifs de la vie civile auxquels se retrouvent fatalement confrontés les bourgeois militarisés de nos Serments. Le tout se terminera lors de l’invasion des troupes révolutionnaires françaises avec la suppression des Serments.

Nous disons donc qu’il y eut un relâchement de l’esprit patriotique qu’auraient dû conserver les Serments. On ne peut le contester puisqu’on retrouve certains griefs repris dans les articles du « Copye-Boeck » des Magistrats de la Ville de Bruxelles de l’époque. Ces derniers dénoncent les faits, mais ne les expliquent pas.

En étudiant tout cela, nous nous sommes mis à réfléchir et nous aimerions avancer une petite hypothèse.

La fin du XVIIIe siècle est marquée d’un esprit révolutionnaire de la part d’une partie de la population, l’autre partie restant attachée à ses privilèges et ses traditions. Il se crée donc des philosophies, des esprits ou courants politiques nouveaux que n’avaient jamais connus les siècles précédents : l’un est progressiste et combat l’autre, qui est conservateur.

C’est probablement un peu la maladie qui s’installe dans nos Serments ! Le Grand Serment avait pris le parti de l’avocat VAN DER NOOT, lequel était profondément attaché à nos traditions et défendait les anciens droits. Le Serment de Saint-Georges suivit plutôt l’esprit de l’avocat VONCK qui allait jusqu’à reprocher parfois à Joseph II de ne pas avoir été assez loin dans ses innovations ! Les deux Serments arbalétriers de la ville de Bruxelles, qui jusqu’à présent, avaient toujours montré une unité d’esprit et de traditions (ce qui n’empêchait évidemment pas les affrontements ou joutes amicales!) se choisissent des voies de pensées différentes. Il se crée donc une scission qui n’aura pas le temps, les troupes françaises nous enlevant tout droit d’existence, de se marquer profondément, tout au moins de manière écrite, mais l’esprit des hommes reste marqué.

Il y a eu longtemps un antagonisme entre les deux Serments arbalétriers de Bruxelles. Il ne faut pas s’en cacher ! Cet état d’esprit, heureusement, disparaît, mais nous nous demandons si la chose ne remonte pas un peu à cette époque ? Les arbalétriers, survivants des Serments de l’Ancien Régime, en récréant des sociétés de divertissements dans le nouvel Etat belge d’après 1830, n’ont-ils pas partiellement importé cet esprit ? Cela peut sembler possible dans un nouvel Etat moderne où deux partis héritiers des idées révolutionnaires, libéral et catholique, ayant créé cette superbe Constitution dont s’inspireront d’autres pays, se partagent le pouvoir… avec leurs divergences. La population a acquis la liberté de pensée et d’opinion et cela s’entend dans les discussions familiales, même dans les familles les plus unies.

Ne serait-ce pas, partiellement, l’origine de ce léger climat d’antagonisme, que l’on explique parfois très difficilement, que l’on ne justifie presque jamais, qui heureusement a disparut actuellement, mais qui a obscurci pendant tout un temps l’histoire moderne des deux Serments reconstitués ? Dans tous les villages, il existe des familles qui se combattent par habitude, par tradition, sans vraiment connaître le champ, le chemin commun ou l’alliance détruite qui est à l’origine de leur conflit ! Serait-ce une des origines ?