Les Roys de tir

Sous l’Ancien Régime, la Gilde du Grand Serment (Groote Gulde), comme toute autre corporation de type militaire, intronisait le Roy de l’année lors d’une cérémonie religieuse en sa chapelle Notre-Dame au Sablon.

Pour devenir « Roy », il était nécessaire de se surpasser en décrochant l’oiseau. Par le passé, un oiseau vivant, pigeon ou colombe, était  retenu par un ruban et l’art suprême consistait à délivrer l’oiseau de son entrave en épargnant le volatile, évitant ainsi toute effusion de sang ! Nos oiseaux de bois actuels sont encore toujours nantis d’un ruban qui trouverait là son origine !

Tir-du-RoyLe vainqueur, nouveau Roy, était conduit au maître-autel de l’église du Sablon sur lequel étaient placés un oiseau en or massif et un grand baudrier richement orné d’orfèvrerie. Notre Chapelain bénissait les attributs du nouveau Roy et lui attachait l’oiseau au chaperon, lui passant le baudrier au cou ensuite. Le vainqueur, le trait à la main, se promenait ensuite en ville avec ses confrères, tout tout de noir vêtu. Le Roy marchait le dernier accompagné du Bourgmestre et des Echevins, dont la présence était obligatoire. Arrivé à la chambre du Grand Serment à la « Broodhuys » il était dans l’obligation du Roy d’offrir un repas à tous ses confrères de la Gilde. Le lendemain il réunissait ses parents et le surlendemain ses voisins. Ce repas de corps, de parenté et de voisinage avait l’incontestable avantage d’entretenir la concorde entre les habitants de la ville, auxquels ils fournissaient l’occasion de se voir et de s’entretenir.

La renommée de notre Gilde était telle que nos souverains considéraient comme un honneur, le fait de se mesurer avec nos compagnons dans ces concours annuels. Si la plupart des noms des compagnons Roys ont été perdus, il n’en est pas de même pour les souverains et seigneurs de l’époque dont les historiens et certains courtisans s’empressaient de narrer les exploits. Cela nous permettra de donner  la liste traditionnelle des noms de Roys connus dans la page « Ancien Régime ».

Ouvrons ici une parenthèse pour signaler un fait tout à fait particulier, qui montre combien nos souverains, la noblesse de nos provinces ou les grands visiteurs étrangers étaient fiers d’être Roys de notre « Groote Gulde ».

Isabelle-avec-collier-SermentUn grand nombre de seigneurs et dames d’antan se sont fait représenter au cours des siècles sur des toiles qui sont parvenues jusqu’à nous. Pour montrer la puissance de leur mécène, les peintres y reprenaient les armoiries, glissaient un bâton de commandement dans la main, posaient l’écharpe ou la ceinture d’officier, ornaient la cuirasse de l’un ou l’autre collier d’ordre de chevalerie. Mais pourriez-vous imaginer qu’un de ces personnages ait jugé tellement noble de porter notre collier de Roy, qu’il se soit fait représenter l’arborant? C’est pourtant le cas de l’Archiduchesse Isabelle, infante d’Espagne, fille de Philippe II, petite fille de Charles-Quint et d’Isabelle de Portugal. ! Comme vous pouvez le constater sur la représentation jointe du tableau tableau d’Otto VAN VEEN, appartenant à la collection privée anglaise de Stanway, elle a piqué dans les plis soignés de son abondante chevelure, l’oiseau et ses petites arbalètes d’or destinés normalement à orner le chaperon du Roy. Au cou, elle porte notre collier de Roy, facilement reconnaissable, puisqu’on y voit, au-dessus de la main de l’archiduchesse, la Vierge à la barque, signe distinctif de notre Serment. Il est vrai que ce fut un Roy exceptionnel pour notre Gilde, au point qu’en mémoires des nombreux bienfaits de son auguste protectrice, on ne tira plus l’oiseau aussi longtemps qu’elle vécut, donnant ainsi à ce « Roy », le plus long « règne » de notre histoire.

Nous revenons à la liste « traditionnelle », dont nous parlions plus haut, car elle semble avoir été constamment recopiée et jamais tout à fait vérifiée. Louis HYMANS, dans son Histoire de Bruxelles (Edition de 1882, Vol. I, p.191) nous la donne sous le titre d’« Illustres personnages qui de 1466 à 1751 eurent la chance d’abattre l’oiseau à l’arquebuse ou à l’arbalète ». Il signale l’avoir recopié dans un ouvrage plus ancien dont il ne donne malheureusement pas les coordonnées, mais que nous croyons être celui de l’abbé MANN (fin XVIIe). M. Luc BERNAERTS, archiviste au Grand Serment de Saint-Georges, s’est attaché à remettre à chacun des trois Serments, les Roys qui leur reviennent. Dans un souci d’exactitude et avec son autorisation – nous l’en remercions bien vivement – nous avons donc mentionné la chose lorsqu’il est apparu que le roi ne pouvait être revendiqué par le Serment de Notre-Dame au Sablon.

En relisant HYMANS, nous constatons qu’il donne la date de 1466 pour Charles-le-Hardi, comte de Charolais. C’est évidemment possible, puisqu’il restera titré tel jusqu’à la mort de son père, Philippe le Bon, en 1467. Nous avons cependant gardé la date traditionnelle donnée chez les arbalétriers, soit celle de 1446. Nous trouvons sous la date de 1533, Robert de CROY évêque de Cambrai qui dans les autres listes est mentionné en 1509, date que nous abandonnons. La logique veut que 1533 soit plus probable, sa nomination en qualité d’évêque de Cambrai datant de 1519.

Nous avons joint en illustration,  résultats de nos recherches parfois très longues, les blasons de ces illustres Roys, limitant dans un souci de lecture, ces représentations aux seuls blasons, négligeant heaumes, couronnes et lambrequins, mais en laissant cependant les colliers d’ordre et de veuvage.

Nous nous permettrons encore, dans les textes qui accompagnent les blasons, quelques remarques autorisées par nos recherches. Mais, n’étant pas historien de formation et l’erreur étant humaine, nous accepterons toutes critiques et nous remercions d’avance toute personne qui nous aiderait dans nos recherches, voire nous corrigerait.

Les lecteurs qui seraient intéressés par les portraits de ces Roys, pourront les découvrir sur le site du grand Serment de Saint-Georges, mentionné dans notre rubrique « Liens ».

La rubrique “Roys  belges’ donne une liste, beaucoup plus longue et plus complète, des Roys intronisés dans le Serment reconstitué sous Léopold Ier. Leurs noms appartiennent à cette poignée de Belges fiers de leur passé, de l’histoire de leur Serment, qui perpétuent les traditions et le noble art de l’arbalète. Nous leur devons de pouvoir encore partager leur enthousiasme et de connaître encore ce Grand Serment qui fêtera bientôt ses huit cents ans d’existence.

Depuis 1954, l’Ancien Grand Serment Royal et Noble des Arbalétriers de Notre-Dame au Sablon a repris les traditions (et hérité aussi d’une partie de leur patrimoine, ce qui fait la richesse de son local-musée) de trois anciennes sociétés arbalétrières bruxelloises : Le Grand Serment de Guillaume Tell, la société royale La Nouvelle Alliance et la société royale De Scherpschutters. Comme ces trois sociétés avaient chacune une discipline différente, nous avons ainsi quatre Roys par année. La perche reste réservée aux seuls Compagnons de sexe masculin ;  ce n’est pas le cas des disciplines à vingt, à dix et à six mètres ou le tir se pratique à l’horizontale.